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 Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]

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MessageSujet: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:19


Grigori Milovan Raspoutine
" Le temps est disloqué. Ô Destin Maudit ! Pourquoi suis-je né pour le remettre en place ? " - William Shakespeare (Hamlet).



Nom, Prénom(s) :  Raspoutine, Grigori Milovan.
Âge : La trentaine d'apparence.
Date & Lieu de naissance : Dans le désert froid de Sibérie, un 31 Décembre.
Conte : Anastasia.
Personnage : Raspoutine.
Orientation & Statut : Hétérosexuelle et en attente que sa victime possède le syndrome de Stockholm.
Groupe : Les architectes.
Particularité : Génie fou.
Un camp en particulier : Le sien ou celui qui l'arrange sur le moment.
Pouvoir(s) : Quelques prémonitions, des talents d'alchimiste et de guérisseur.

FEAT Matt Smith.



Que penses-tu de la politique actuelle des choses ?
Es-tu au moins au courant de ce qui se trame ?
« Je sais qu'il se trame des choses. Je remarque que les gens vivent malgré tout et moi j'attends patiemment que la grande-duchesse finisse par m'aimer. La politique, la dernière fois que j'y fus mêlé on a tenté de me tuer, le côté orgie, débauche, richesse, popularité, c'était agréable oui, mais mourir c'est pas fait pour moi. Du coup, je m'y intéresse de loin, rester informer c'est important. Les couvertures c'est important aussi, c'est pratique quand on a froid. La politique par contre, quand on a froid, ça change rien. Ne rien faire, ça change rien non plus. Sauf le temps, parce que le temps change tout le temps sinon ça serait pas le temps. Mais pas le climat, ce temps n'est pas le même temps. Oui, du coup, la politique ? C'est bien, mais j'ai eu ma dose. Maintenant, je prépare les doses, comme ça, j'ai moins de problèmes. J'aime pas vraiment les problèmes. Mais visiblement, les gens vivent, ils font leur quotidien donc c'est que la politique devrait aller. Vous savez, on a tous plein de préoccupation, si on devait se concentrer pour le bien de tous, ce serait pas viable. Déjà, on s'occupe de nous, et après, on verra. Moi, j'ai décidé d'être le kidnapping de duchesse, me préoccuper de la politique ça serait comme si votre boucher vous disait que vous avez du courrier. Bon, c'est pas exactement la même chose, mais l'idée est la même, c'est pas compatible. C'est comme la technologie, vous avez déjà essayé de rentrer un truc d'ordinateur dans un autre truc ? C'est pas possible. Voilà. Vous voyez bien. Tout à fait. Pour ce qui est de l'autre monde, j'ai rien compris je vous avouerais. Tout ce que je sais, c'est que je m'approche plus de la fumée à moins que je sache exactement d'où ça vient. Ça devient une manie et j'aime pas vraiment ça. Comme on dit, quand il y a de fumée, c'est que doit avoir quelqu'un qui fait un feu ou alors un barbecue ou alors juste de la fumée. C'est bien connu. Pour le coup, le feu, comme les couvertures, c'est pratique quand on a froid. Et pareillement, ça ne sert à rien pour la politique. Non, on pourrait croire hein mais non, c'est une fausse connaissance. Les gens pensent souvent ça à tort. Oui, c'est vrai. J'ai remarqué ça. Mais non, ouais, les feux c'est pas pour la politique. C'est pour la révolution. »


Anecdotes & Caractère


Fou x Lunatique x Paranoïaque x Insensé x Génie x Machiavélique x Drôle x Imprévisible x Bavard x Maniaque x Dérangé x Décalé x Bon x Malin x Paniqué x Manipulateur x Sans scrupule x Théâtral x Excentrique x Effrayant x Charismatique x Charmeur x Envoûtant x Joueur x Solitaire x Abracadabrantesque x Malsain x Colérique x Leader x Avide x Drogué x Fumeur x Libidineux x Violent x Passionné x Rêveur x Confiant x Maladroit x Précis x Inquiétant x Isolé dans son monde x Fascinant x Intéressé x Égoiste x Égocentrique x Naturel x Poli x Lâche x Rieur x Torturé x Émotif x Sensible x Fragile x Câlin x Libre.


• Raspoutine est paranoïaque et il est phobique de tellement de choses que les citer serait trop long. Disons qu'il est paniqué non-stop et que même s'il paraît instable, comparé à ce qu'il vit lui, dans sa tête, c'est rien.
• Son personnage de jeu-vidéo préféré c'est Bowser parce qu'il a une manie assez récurrente de kidnapper la princesse Peach.
• Dans sa vie à Storybrooke, il essaye d'avoir une belle barbe mais, ironie du sort, il est presque imberbe.
• Il occupe une place très importante dans tous les vices excepté l'alcool. Il doit être le seul russe qui vomit à l'odeur de la vodka.
• Ses phrases n'ont un sens que pour lui. Il parle sans arrêt mais c'est incompréhensible, il est surexcité et dans un monde qu'il est le seul à comprendre. Ses rares moments de lucidité, il les passe en compagnie d'Anastasia.
• Il lui arrive de croire qu'il est toujours en Russie, pourchassé pour le kidnapping d'Anastasia.
• Loin de l'agitation autour de la malédiction et tout ce qu'il se passe sur ça, il observe attentivement pour y voir une opportunité qui lui serait bénéfique.
• Contrairement à ce qu'il montre, il reste néanmoins un génie sur bien des domaines.
• Il possède une machette qu'il garde sur sa hanche droite sous son pantalon en continu.
• Raspoutine est tombé amoureux de la modernité, il s'intéresse à la technologie et même s'il ne comprend pas tout pour l'instant, c'est un geek en puissance.



Pseudo : Dies Iræ.
Prénom : Zadig.
Âge : 23 ans.
Loisirs : Manger des loutres, élever des pingouins, se rouler dans les ronces, tout ce qu'un fou normal ferait.
Crédits de la fiche : Dies Iræ pour l'image, giphy/tumblr/etc pour les gifs.
Code du règlement : Ok by Em'
Que penses-tu de NKL ? : Je vous donnerais mon avis plus tard.
Besoin de parrain/marraine ? : J'viendrais vous embêter directement.



Dernière édition par G. Milovan Raspoutine le Sam 19 Sep - 15:00, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:19

Histoire
Chapitre Un


L'éveil
SIBÉRIE
Une chute, et c'est la mort.
Ne pas tomber.
Surtout, ne jamais chuter.
Marcher tout droit, sans s'arrêter, quoiqu'il arrive.
Ne surtout pas tomber.


Sans cesse la neige s'échoue dans cette vaste étendue blanche et désertique qui règne sur tout l'horizon, ne laissant jamais à l'Homme la vision tant souhaitée d'une once de vie, de nature, d'existence. Un froid glacial égorge chaque être vivant camouflé dans leurs vêtements les plus chauds, ils errent tous au milieu de ce vide espérant rejoindre les terres habitées. Agglutinés les uns sur les autres, prêts à installer des petites cahutes de fortune pour survivre une nuit de plus les pieds gelés au fond des crevasses sibériennes. C'est une traversée qu'ils font chaque hiver, et tous les ans c'est une rude épreuve qui laisse quelques paysans affaiblis derrière. L'enrichissement des plus forts, une loi animale pour des Hommes prisonnier de leurs états de chien en laisse, condamnés à aboyer dans les échos du silence et dressés pour la fatalité de l'abattoir. Les pas sont lourds et s'enfoncent dans la douceur éternelle de la poudreuse, les familles s'entraident sans se soucier des autres, il n'y pas de communauté qui tienne, chacun pour soi, espérant simplement respirer au bout de la route. Certains chutent, d'autres ne se relèvent pas, les jours se suivent dans une longueur monstrueuse affirmée par le vent frais qui colle la peau et fait frissonner chaque membre du corps jusqu'aux tremblements des os. La plupart des femmes sont restées avec les jeunes enfants au chaud dans les foyers chaleureux des campagnes russes à l'abri des tempêtes enneigées et des attaques bestiales de divers prédateurs affamés. Seuls les hommes affrontent cette terrible traversée et c'est un rite de passage pour chaque jeune garçon tel que moi qui arrive lentement vers l'âge adulte. Et alors que je transporte le surplus de sacs et que je traîne fastidieusement mes pieds trempés dans les hauteurs blanches du désert de Sibérie, une seule chose reste gravée dans le peu de clarté de mon esprit : Surtout, ne pas tomber.

On ne peut plus avancer lorsque le soleil s'éteint,  le froid s'éprend de nos visages découverts et terrasse toutes tentatives vaines d'efforts. Dès les premières lueurs nocturnes tout le monde s'active pour monter un camp de fortune, la communauté reprend son rôle, on se regroupe pour éviter d'être attaqués dans la nuit. Les cahutes sont faites des planches en bois qu'on traîne tous avec ferveur ne laissant derrière nous qu'une longue et pénible trace de notre passage, on les assemble dans ce qui pourrait ressembler à un tipi bancal et on dort, serrés près du feu, priant pour avoir toujours l'usage de nos jambes le lendemain matin. Au final, la nuit fut le moment que j'ai préféré, on se laisse submerger par la fatigue et on s'écroule avec un peu de pain dans le ventre. On se sent heureux et fier face à la survie et même si le réveil n'avait rien de plaisant, c'est avec douceur qu'on s'endormait dans les hurlements des loups au clair de Lune. C'était ma première traversée, dès l'âge de quatorze ans, les jeunes hommes partent avec les pères de familles lorsque l'hiver s'en va aussi pour commencer à fournir l'aide tant attendue dans le labour des champs. La pauvreté nécessite des bras pour faire plus de récolte et avec ma mère malade, nous n'avions pas vraiment le choix. La misère est un sacrifice pour les riches qui est lui-même constitué de plusieurs concessions.

C'est donc un soulagement inespéré lorsque l'étendue de neige s'échappe de notre vue, qu'on peut apercevoir au loin les chaumières fumantes, les torches allumées prêtes à accueillir nos pas lancinants. La sensation d'être vivant extasie nos lèvres gercées et on rit nerveusement arrachant dans une course effrénée les derniers efforts pour rentrer à la maison. Encore un rude hiver, et ce n'est que quelques mois d'un autre labeur qui commencent. Essoufflés, presque rongés entièrement par le froid, on se précipite à l'intérieur de notre foyer. La porte grince, ma mère est là, assise dans le salon, proche du feu. Je lâche les affaires, les jambes tremblantes et une fois à notre hauteur ma mère casse le silence pesant des retrouvailles incertaines.


« Il a survécu. C'est le premier. »

Autrefois religieuse, ma mère a perdu foi dans le Divin lorsqu'à chaque hiver mes frères et sœurs ont péris dans le froid. Accablée par la pauvreté, le malheur et le désenchantement de l'amour fidèle et unique, elle s'est renfermée dans la vodka et ses jours, comme son foie, sont rongés par l'alcool. Depuis, elle a perdu son sourire avec le reste de sa beauté, et elle traîne péniblement ses jambes d'un bout à l'autre du salon. Mon père s'est habitué à tout ça, robuste fermier insensible, il s'est marié pour la coutume plus qu'autre chose, né dans le froid pour être réchauffé à la vodka, c'est presque le seul point commun qu'ils partagent. Le domicile familiale ne respirait pas l'amour, mais c'était une habitude dans les bas quartiers russes. Rustique violence, perpétuels hurlements et punitions sévères, un quotidien qui s'attache à l'accoutumance dans l'abrutissement des populations qui n'ont accès ni à l'école, ni à la culture, ni à la médecine.

« Heureusement, j'en aurais pas fais un autre. »

Il s'assoit à table, attrape la vodka et termine l'aboutissement de l'apogée de son alcoolisme. Ma mère le rejoint, et je me débrouille pour manger avant d'aller dormir. Quotidien éperdument enlacé dans sa routine, un changement, une nouveauté et pourtant le temps se fige dans l'habitude. Alors ça devient rapidement une tourmente ce passage à l'âge adulte. Cette envie de liberté qui pousse, cette rébellion constante et facilitée par les effroyables souvenirs vécus. Une excentricité naissante pour se forger en tant qu'individualité, c'est tout un changement qui, lorsqu'il s'immisce dans un esprit, ne s'en défait jamais.

Ceci n'est pas l'histoire d'un traumatisme quelconque amenant à des atrocités tout aussi quelconques.
Ceci n'est pas un instant de folie sanguinaire qui s'arrache à un esprit malade en sommeil.
Ce n'est pas non plus une scission avec la morale.
Non.
Ce n'est que pure folie, celle qui n'a aucune raison, aucune logique, aucune pitié.


Les lumières s'éteignent une à une dans la ville. Le vent souffle son ardeur dans les rues étroites du petit village campagnard, les pas incrustés dans la neige s'effacent lentement et se font recouvrir par l'étendue blanche qui n'a plus aucune limite. Dominante sur le pays, parcourant routes et toitures, elle frappe chaque habitant russe de son éternel froid et dans un silence précédant le requiem, je m'échappe, machette en main, des fins draps qui me couvrent. Une respiration haletante, un cœur léger et un esprit embrouillé. Mes rêves se sont mélangés à mes cauchemars et il n'existe rien pour faire trébucher cette douce folie. Sa pureté n'a d'égale que son illogisme, je suis perdu et eux aussi. Sur la pointe des pieds, j'avance, évitant chaque planche pouvant se plier d'un grincement sous mon poids, calme et certain, ma route est tracée et finalement on pourrait presque croire que c'est réfléchit, prémédité. J'ouvre la porte de la chambre parentale, plus saouls que jamais, ils se sont écroulés à peine nus sur le lit. Je les regarde avec le mépris qui caractérise le dégoût. Je n'affiche aucun sourire, seulement une bouche entrouverte gobant l'air et affichant une mine déphasée par la compréhension globale des choses. Méticuleux, je commence par mon père qui serait plus embêtant à tuer en dernier. Je ne suis pas un idiot non plus. Un coup sec et c'est déjà terminé. Aucune souffrance, aucun cri, le coup fend sa carotide en deux et les effusions de sang virevoltent sur mon visage et mon torse. Le bruit dégouline et c'est presque amusant, je ferme mon œil qui s'irrite face au liquide bordeaux, et je l'essuie de ma manche qui traîne les gouttes perlant le long de mon visage. Une flaque s'écoule sur le lit et les draps blancs se teintent de rouge. Je souffle un coup et je retire l'arme plantée dans le matelas. Alors enfin, je hurle.


« Je n'aime PAS la neige ! »


Ma mère se réveille en sursaut, les yeux encore plein de sommeil. À peine eut-elle le temps d'être effarée et apeurée par la scène que la machette se plantait déjà sur le flanc de son visage. Brisant l'os de son crâne, fracassant sa tête contre le haut du lit, morte sur le coup. La réflexion et la culpabilité ne sont que des inconvénients pour les malheureux qui ont conscience de leurs actes, sans conscience, pas de remords. Dès lors, je pars, quittant la chambre avant de retourner dormir. Attendant demain pour me laver et fuir cette campagne enneigée. Il n'y a rien de pire que la neige.

C'est alors qu'au lendemain de mon passage à l'âge adulte, que je laissais derrière moi, corps et cendres d'un passé envolé. Je signais l'arrêt de la raison, supprimant la logique pour réussir à survivre mieux que les autres. Ce n'était pas si idiot après tout, les gens se laissaient avoir par le raisonnable, n'osaient rien et se perdaient lamentablement dans des lois qu'ils pensaient naturelles. Il n'y avait rien d'inné dans la distribution des richesses, ce n'était que l'avidité qui parlait. Le raisonnement n'existait pas réellement, mais j'avais pris cette décision, celle d'être fou, le plus fou d'entre les fous, celui qui n'a ni cœur, ni esprit. Celui qui gagne toujours. Dos à l'embrasement de la chaumière qui m'avait vu grandir, je m'arme de mon baluchon pour dessiner mes pas sur cette neige épaisse. Rien à regretter, rien pour me retenir, une route tracée devant moi abandonnant tout espoir de rebrousser chemin. Je m'enfuis lentement de ce village putride, bloqué à jamais dans la crasse et l'illettrisme. Je ne suis pas fais pour cette vie, incapable de n'être qu'un naïf enfant silencieux face aux méandres des injustices acquises par le temps. Je suis fais d'un bois rare et arrogant, d'un charme et d'une intelligence surplombant le commun, je ne peux alors me résoudre à avaler la soumission comme si mon existence en dépendait.


La route de l'errance est longue.
Les rencontres se font par le voyage et la découverte.
Au bout du chemin, il n'existe rien d'autre qu'une folie omniprésente.
Survivre.





L'apprentissage
SIBÉRIE
L'étrange est à l'incroyable ce que le bon est au meilleur.
La folie est au génie ce que l'idiotie est au commun.
Une incroyable folie émane du meilleur idiot s'il trouve étrange d'être communément bon.

La fumée s'extirpe péniblement d'entre mes lèvres blanchies par le froid, mon souffle est quasiment coupé mais je poursuis cette exécrable route. Je ne connais qu'un chemin pour arriver au plus vite vers la capitale, et il faut que je dépasse ces montagnes pour y parvenir. Voilà plusieurs jours que j'erre dans cette immense étendue de neige, vivant d'aumône, d'arnaques et de vols. Je crève la dalle, je meurs de froid, et je ne supporte plus cette couleur pure et éclatante. Je vis mon overdose, je hurle mon désarroi et je me désarme face à des difficultés qui ne m'étaient jamais venues à l'esprit. Fuite irréfléchie perpétuellement enlisée dans une débâcle affreuse et juvénile, mes pas sont lents et cette vieille traversée du désert sibérien semble risible en face des hauteurs vertigineuses de ces monts poudreux. Je pense soudainement à rebrousser chemin, juste pour quelques jours, m'échapper de ce vide et de ce silence dangereux mais le village le plus proche se trouve de l'autre côté, revenir serait suicidaire. Et ça, je ne le suis pas encore. J'agrippe cette pierre-là, celle qui semble si agréable pour une prise. Mes appuis sont bons et il ne me reste que quelques mètres avant d'atteindre une surface plate et y faire mon campement nocturne. Je souris car je sens la rédemption arriver, la prise salvatrice qui se laisse attraper sans aucune gêne. Je me tire et le craquement résonne sur mon visage qui se crispe d'effroi. Je chute. La pente est assez raide pour me faire rebondir et glisser sur la neige. Rien pour me rattraper, une douleur s'armant doucement sur les côtes et les bras et je me stoppe enfin, la tête dans cette horrible neige que je méprise tant. D'un coup d'un seul, je me relève, vomissant par crachat répété l'eau glacée qui s'accroche à mon visage rougit. Je hurle et je tape partout pour éjecter des effusions de poudreuse partout. Je finis par sauter à pieds joints, insultant cette nature qui n'a rien demandé d'autre que d'être tranquille.


« Alors, voilà, je suis la neige, je glisse et je donne froid ! Tout va bien ! Allez, je change jamais. Non, surtout pas. Pourquoi changer ? Après tout, je suis la neige, je fais ce que je veux. Putain de neige, je te déteste. »

La braguette se défait et je me marre idiotement en pissant partout autour de moi. Une autre fumée s'extirpe d'autour de moi, et je vois cette pureté souillée avec un malin plaisir sur mon visage. C'est comme un vengeance personnelle face à toute cette impuissance qu'on ressent au devant d'une haine viscérale qu'on ne peut assouvir. Un acte tout aussi ridicule qu'abstrait.

« Et si tu rangeais ce que tu as dans les mains malotru ! »

Une canne vient s'abattre dans le creux de mon genou. Je virevolte d'un coup, plongeant cette fois de dos, sur le tapis blanc. Je n'ai le temps de ne rien voir d'autre que le ciel avant de me rhabiller rapidement. Toutes les rides de mon visage se déforment sous le choc de l'impact mine de rien violent.  À peine eus-je le temps de vouloir me relever que cette même canne vient s'échouer dans le creux de mon estomac. Mon corps se plie en deux et quelques filets de bave s'échappe de mes lèvres surprises de devoir cracher si soudainement. Je retombe au sol, attrapant mon ventre d'une main, essayant de mettre mon coude en l'air comme s'il allait pouvoir me protéger d'une autre attaque furtive.

« Ça parle tout seul, ça crie et c'est pas capable d'être un Homme. La jeunesse de nos jours, je vous jure. »

La voix colle à l'image de la vieille dame que je peux enfin entrapercevoir dans le creux de ma capuche qui laisse un œil actif. Élancée, effroyable, sombre et camouflée dans un épais manteau de fourrure blanche, elle tient fièrement son immense canne qui la surpasse d'au moins un mètre. Elle me tourne le dos assez rapidement et commence à repartir de là où elle avait du venir. Ne pouvant rester sur cet échec cuisant et cette humiliation profonde, je me relevais silencieusement, décidé à agir. Après tout, c'était qu'une vieille dame au beau milieu des montagnes. Je me jette sur elle et sans pouvoir l'atteindre je me retrouve à nouveau enfoncé la tête dans la neige. Une future bosse sur le sommet de mon crâne tente de pousser dans un brouillard bruyant et résonnant à l'intérieur de mon esprit fumant.

« Dépêche toi de me suivre si tu veux pas mourir de froid, imbécile. »

La vieille marquait un point, j'attrapais mes affaires qui s'étaient envolés lors de cet affront et j'essuyais ma petite fierté pour la suivre, bien trop apeuré pour désobéir. Plus on s'enfonçait dans les montagnes, moins je ne connaissais la route et plus je m'inquiétais de mon sort. Je me voyais déjà mourir au bout de sa canne, ma tête trônant sur le dessus de quelques barricades cannibales. Je regardais, le stress omniprésent dans mes tremblements, tous les alentours, essayant de me repérer si jamais je devais fuir. Si jamais j'arrivais à fuir. Je n'osais pas vraiment parler non plus, la vieille rabougrie ne brisait pas ce silence oppressant et j'avais déjà eu ma dose de douleur et d'humiliation pour la journée. Deux petites collines se présentaient devant nous et le vent puissant m'empêchait de bien voir ce qu'il y avait devant moi. Je prenais ce piètre courage à deux mains avant de demander.

« On va pas escalader quand même ? »

« Idiot. »


« D'accord. »

Son ton sec me renvoyait sur les roses et je la regardais disparaître derrière un énorme rocher, je pressais le pas pour la rejoindre avant de découvrir ce petit escalier qui donnait sous une colline. Impressionné, je laissais cette angoisse s'évader de mon corps et je gobais ma surprise la bouche grande ouverte sur les murs épais qui nous mettaient désormais à l'abri. Les escaliers débouchaient sur une sorte de grotte, la vieille dame allumait quelques torches et un feu au centre de la pièce. Tout était creusé dans la roche, une atmosphère humide se dégageait dans cette ambiance étrange mêlée aux odeurs inconnues. Des alambics, des fioles, des couleurs jaillissaient sur mes pupilles écarquillées. Mon regard ne savait plus où se poser, je m'approchais doucement de chaque chose, prenant le temps de détailler cette découverte incroyable.

« Mange ça, pour te réchauffer et bois ça pour soigner la raclée que je t'ai mise. »

Je la regarde poser une assiette de bouillie putride et un verre en bois plein d'une liquide chaud qui n'inspirait pas plus confiance qu'elle, ou que sa tambouille offerte. Au-delà de ça, dans ma naïveté d'enfant et surtout dépassé par la faim et les événements, je mangeais et buvais sans vraiment broncher.

« Quelle drôle d'époque on vit. Avant les débiles savaient que traverser les montagnes c'était impossible. »

« J'essayais d'aller à la capitale, pour apprendre à lire. »


Encore la bouche un peu pleine, je lui répondais sans grande gêne. Elle inspirait une certaine obéissance, comme une aura qui me déconseillait de toute manière d'être malhonnête. La vieille dame était assise sur son fauteuil, toujours sa canne en main. Je prenais le temps de la détailler un peu plus, elle devait être à peine plus âgée que ma mère, quelques années tout au plus, les cheveux noirs, le teint pâle et le regard perçant. Elle était envoûtante, mystique et mystérieuse, elle avait ce côté luxueux des grandes dames froides de Russie et des airs rustiques qui forgeaient les paysannes robustes de Sibérie. Son rire résonna entre les murs pierreux qui laissait un écho se répéter. Je m'arrêtais de mâcher tellement sa moquerie froide et malsaine vint glacer l'échine de mon dos. Peu rassuré, je reprenais cet air battu qui occupait mon visage tandis que l'angoisse arpentait à nouveau les méandres de mon esprit stressé. Je gardais mes yeux sur elle et je me sentais observé, jugé, jaugé. Mes gestes se ralentissaient car chacun d'entre eux étaient désormais une précaution méfiante que je faisais méticuleusement comme par peur d'être surpris par quelque chose qui nous dépasse très nettement.

« Pourquoi veux-tu lire ? L'ignorance te déplaît tant que ça ? »

« L'ignorance c'est la soumission du pauvre. »

Elle ne riait plus, son sourcil s'arqua alors qu'elle tournait la tête pour fouiller dans ses affaires. Je continuais à manger, laissant l'oppression de son regard charismatique s'échapper de moi. Je terminais mon assiette et mon verre, attendant pour me lever, me préparant, au cas où, à prendre la fuite. Tout était clair dans ma tête, escalier, on sort des collines, on suit le long des rochers, droite, droite, gauche, pente et on y est. J'attrapais mon sac pour le mettre sur mes genoux alors qu'elle sortait un livre pour me le lancer à la figure. Trop concentré sur ma fuite, il cogne mon front et tombe sur la table, en renversant au passage le verre. Son regard est dépité et je sens qu'elle sortirait bien un autre « idiot » à mon égard. Mais je suis le plus rapide.

« C'est quoi ? »


« Un livre. Ça ressemble à ça, un truc avec des lettres qui forment des mots qui font des phrases. »


Cette fois, c'est moi qui la regarde avec un air blasé devant l'évidence. Insulte, taquinerie, coup de canne, plus je reste avec cette vieille, plus je comprends rien. Je regarde la couverture rouge ornée de filaments doré et elle poursuit.

« Je peux t'apprendre à lire. Je peux t'apprendre des choses que tu ne pourras apprendre ailleurs. »

Je relève la tête vers elle, mon retour l'interroge et je me demande dans quelle histoire je me suis fourré. J'hésite, et comme chaque personne qui hésite, je cherche des réponses. Une réponse.

« Pourquoi moi ? »

Elle sourit doucement puis retire la fourrure qui parcourait son corps. Son regard se plante dans le mien et elle répond enfin.

« Parce que l'ignorance est la soumission du pauvre. »

Je sens mon cœur palpiter dans ma poitrine, je lui rends son sourire et je me vois déjà parcourir de grandes choses. Je touche au but dans le hasard d'une destinée écrite. Je m'imagine scientifique, médecin, haut placé dans la royauté, éperdument cultivé et érigé au statut de génie. Je me vois quitter la débauche et l'errance, et je ne vois plus rien d'autre que le néant qui s'élance dans un cri de douleur.

« Arrête de sourire et au boulot. Tu crois qu'apprendre à lire c'est simple, fainéant. »

Sa canne frappe à nouveau mon crâne et je ne réponds rien d'autre qu'un silence marqué par l'ouverture du bouquin. La survie s'est échappée de mon âme, je rencontre mon destin.

Aujourd'hui, la folie est quotidienne.
La normalité est un mensonge qu'on nous dicte pour nous rassurer.
A, b, c, d, je refuse d'être soumis.
1, 2, 3, 4, le pouvoir est à moi.






Dernière édition par G. Milovan Raspoutine le Sam 19 Sep - 15:08, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:20

Histoire
Chapitre Deux


L'errance
RUSSIE
Le piège c'est de croire qu'un fou est dangereux.
Alors qu'il est simplement fou.


Les années survolent mon enseignement et la dérision de la rébellion de l'âge adulte s'étend à la morale nouvellement née d'un homme ressuscité. Huit longues année à vivre en ermite entre quelques rochers en guise de murs et un vent terriblement froid faisant frissonner les flammes ardentes des foyers flamboyants. Plus que la lecture, c'est les essences même d'une magie chamanique que la Baba Yaga fut en mesure de m'apprendre. L'art des potions d'alchimie, les transes prémonitoire et autres artifices à miracle faisant pâlir le plus grand des dieux. L'intelligence des nobles s'arme à ma connaissance qui semble être devenue un puits sans fond et c'est au bout de toutes ces années que le savoir s'arrête. La théorie s'évade et il n'existe plus aucun secret dans la fontaine de cette vieille sorcière que je ne sois capable de réaliser. Un nouveau monde s'inscrit dans le creux de mes jeunes yeux qui ont vu l'occulte et les tréfonds des connaissances oubliées. Je me sens fin prêt à affronter un pèlerinage qui m'amènera sans vergogne aux hauteurs fastueuses du pouvoir absolu. Je ne cherche rien d'autre qu'une liberté juste, qu'un rétablissement des choses immuables et naturelles. L'excentricité s'aggrave sur une logique qui s'est perdue en route. Je ne suis plus rien d'autre qu'un savant fou prêt à gravir les marches d'un succès certain. J'ai effacé ces choses ridicules qu'on appelle le doute et l'incertitude pour me projeter plus loin encore qu'aucun autre être n'a réussi à aller. Je veux surplomber ce monde pour le tenir dans le creux de mes mains paysannes et j'ai désormais tous les moyens pour y parvenir.

Le jour du départ sonne, ma lame en main, je m'approche doucement. Mes pas sont silencieux et la vile sorcière dort encore. Sa canne est hors de portée mais je la redoute toujours autant, comme une vieille rengaine chantonnant dans le creux de mes oreilles usées. Je fais tournoyer entre mes doigts la fine dague avant d'empoigner fermement le manche. Mon autre main caresse les draps humides du lit, mon souffle tourbillonne sur l'épaisse barbe qui n'a jamais cessé de pousser depuis mon arrivée ici. Le regard dur et froid, je suis certain et calme. Une certaine similitude se dessine sur un sourire mesquin qui s'oublie aussitôt qu'il arrive. Ma poigne agrippe a couverture et d'un coup sec, je la soulève. La Baba Yaga se réveille d'un sursaut, son regard se jette dans le mien et je casse le silence pesant dans l'atmosphère moite de la nuit.


« Debout vieille peau ! »

Elle râle dans un soupir blasé et son signe de main me fait déguerpir. Téméraire mais pas courageux. La lame en main, je me poste devant le miroir et j'entame la découpe lente et soignée de cette longue barbe de jais.

Le piège, c'est de croire qu'un fou se répète.
Alors qu'un fou, un vrai, est imprévisible.


Je racle ma peau avec précaution, évitant de forcer sur mes poils bruns. Une fois la barbe jonchant sur le sol, ce sont mes cheveux qui passent sous le coupant de la dague. Reprenant ce crâne rasé et juvénile, ce visage religieux qui se mêlera à la perfection d'un plan divin destiné à ma propre gloire et sanctification. Un long périple m'attend, je me mets en route et en marche tandis que l'été a fait fondre l'exécrable neige qui me débecte tant. Mes pas sont certains désormais, et je n'ai plus rien du naïf enfant de mes premiers jours. Me voilà éperdument assuré de réussite, un dernier regard nostalgique sur les basses hauteurs de ces rocs. L'avenir est en marche.

C'est donc un retour à l'errance sauf que cette fois je ne vagabonde pas sans but. J'ai atteint les connaissances, plus que souhaité même, et j'attaque, village par village, les esprits béats et abrutis par les travaux manuels. Les paysans sont aisément conquis par le spectacle et cette drôle d'idée de religion qui se permet d'offrir des miracles absents. Dès lors, je me qualifie comme envoyé de Dieu, armé de sa lumière et de son aval, je trépasse les maladies qui se mettent au travers de ma route. J'apporte les médicaments, l'enseignement de la lecture et quelques rudiments basiques de l'alchimie la plus simplifiée. Je suis bientôt érigé au rang de Raspoutine le guérisseur, j'obtiens la bénédiction des églises de campagne et plus les semaines passent plus les villages attendent ma venue dans l'impatience du miraculeux. Tous fantasmes sur mes soi-disant pouvoirs et je me laisse emporter par le théâtrale pour qu'ils mangent naïvement dans mes mains. Je m'y amuse même, simplement trop fou pour ne pas laisser la gourmandise émaner de mon avidité. J'ai soif et faim d'une vengeance sur cette logique qui étripe chaque miséreux sans l'once d'une culpabilité alors je renverse cette normalité dans une douce folie qui échappe au contrôle de toute raison.

Ma route m'achemine alors aux grandes villes, les campagnes me surnomment et me vouent ce culte si aisément acquit. Le nom de Raspoutine le moine fou s'élance dans une presse scandaleusement hâtive de débattre de l'assurance des faits relatés. La petite bourgeoisie russe clame l'exception de mon être, les hautes sphères religieuses se servent de mon nom pour écraser un peu plus leur hégémonie sur les richesses et le pouvoir. Alors c'est entouré de ces admirateurs que Saint-Pétersbourg s'ouvre devant mes pas fermement sournois. Au-delà de cette prolifique renommée, s'arrache à moi des ennemis, des savants moins fous mais plus raisonnés. Ils bafouent ma débauche, peignant mon être dans tous les vices péchés dont je suis le plus friand et ils pensent pouvoir arrêter l'imprévisible folie qui s'abat sur eux. Rien ne peut freiner ma course, je débarque dans ce nouveau monde et ma soif est telle qu'elle engloutit inlassablement chaque parcelles d'existence dont on m'a privé. Magouilles, arnaques, vols, viols, alcools et drogues, voilà ce qui régissent la vérité de mes miracles, quelques tours de passe-passe et l'absence de solution offre aux plus naïfs un espoir, une raison de croire en quelque chose qui n'a jamais éprouvé ni bonté, ni miséricorde, ni signe d'existence. Le manque de connaissance de ce monde m'offre la possibilité d'être le plus malin, d'être le fou qui ose tout. Je n'ai besoin d'aucun pouvoir, simplement de la ruse, l'exceptionnel viendra en dernier recours.


Acclamez un Homme, et il poursuivra sa déroute.
Bafouez-le, et il mordra votre main.
Admirez-le, et il causera votre perte.
Il faut craindre pour survivre.


L'assemblée s'agglutine autour des royaux présents. Le tsar et sa femme en personne sont présent et la cérémonie bat son plein. Ma réputation m'a propulsé dans une sphère qui ne m'aurait jamais été possible d'atteindre dans la continuité de mon existence paysanne. J'observe, j'apprends, je reste ce mystérieux personnage froid et distant qui plonge ses yeux hypnotiques dans les vôtres tel le serpent tentateur. Je charme, je séduis, je laisse cette douce crainte de l'imprévisible s'abattre sur chacune des personnes présentes. Je reçois la bénédiction de la majorité et la malédiction des autres. Quoiqu'il arrive, tous restent obnubilés par ma mystique entité physique. Je déambule à travers cette foule qui reste toujours en masse comme des moutons qui auraient peur de perdre. Je traverse silencieusement tous ces parfums qu'arborent l'aristocratie. Le temps a passé une nouvelle fois et plus le sable s'écoule plus je m'impose au milieu de ces gens hautains qui sont fascinés par mon excentricité follement étourdie d'aisance. Je repère alors les délices féminins des plus jolies duchesses régnant sur notre pays et sur les pays limitrophes. Les beautés européennes, réputées pour leurs excès et leurs ouvertures face à l'expérimental. Dès lors, j'ose et j'interromps la politesse sans une quelconque once de gêne.

« Excusez-moi très chère, votre mari m'empêche de me délecter des plaisirs visuels dont vous nous offrez si fièrement avec tant de plaisir. C'est un délice. »

Mon bras écarte le dit mari lentement pour que la très chère se tourne vers moi, flattée. Elles le sont toutes. Mon regard se pose dans le vert du sien et ses longs cheveux blonds flottent sur ses épaules. Il grimace puis disparaît dans l'impuissance. Ils le font tous. Il n'existe aucune rivalité capable de déjouer les charmes de l'inconnu, l'infidélité devient courante puisque les orgies s'extasient chaque jours dans les coins les plus prisés de Russie. Son sourire se dessine dans mes yeux et la conversation s'engage dans une séduction ouvertement tendancieuse. Mes pensées s'échappent sur la nudité de la demoiselle qui, bêtement, se laisse envahir par la flatterie et le mystérieux. Je l'abandonne alors pour me diriger vers le tsar et sa femme, lui montrant, à elle, qu'elle n'est qu'un caprice désirable qui ne fera que passer dans la chaîne de débauche qui, déjà, s'attache à ma réputation. Je me faufile et le tsar m'aperçoit, il n'a nul besoin de me présenter à ses invités, tous savent, tous connaissent le nom de Raspoutine. Je salue les quelques importantes royautés qui l'entourent et je baise la main de la sublime tsarine avant de froncer mes sourcils légèrement.

L'enclenchement.

« Pourquoi ce visage si sérieux ? »

« Permettez. »


Je ne demande pas, j'agis. Ma main se pose et caresse le ventre de la tsarine, l'autre vient la rejoindre et viennent alors à remonter jusqu'à sa poitrine.

« Mesure médicale. »

Quelques pressions tendres avant de descendre sur les hanches d'un frôlement survolé. L'assemblée retient son souffle, ils me regardent tous dans ce spectacle que j'offre sans grande conscience de toute cette profanation absurde. Soudainement, lorsque la patience s'éteint et que les joues de la tsarine se teintent d'un léger rosé, je me retourne vers la foule. Mes yeux se ferment, l'incantation se lance dans un charabia que personne ici ne comprend. Mes membres tremblent paisiblement, puis deviennent frénétiquement transis par une vision que j'ordonne d'apparaître. Je pioche dans ma petite sacoche un peu de poudre que je mélange avant de tout jeter par terre pour créer un écran de fumée fin et inodore. Le crépitement recouvre ma voix qui s'emporte avec les pupilles de mes yeux qui se balancent vers l'arrière. La blancheur de mes yeux éclatent et lorsque, enfin, tout se termine, je feins une faiblesse.

Le coup de théâtre.

« Les faveurs divines sont avec notre grande nation. Un héritier mâle au trône marche fièrement jusqu'à la couronne. La succession masculine est assurée. »

La nouvelle éclate et ma réputation suffit à laisser une certitude presque immédiate s'installer dans les cœurs et les esprits de chacun. Ils applaudissent et oublient aussitôt l'affront, peu importe le passé lorsque l'avenir sonne radieux. Une transe, une prémonition d'un avenir certain et lorsque le gamin sera né, le nom de Raspoutine restera gravé dans les mémoires des plus douteux.

Pour un miracle, il faut un peu de talent et beaucoup de croyance.
Et des Hommes.
Pour leur naïveté.





La débauche
SAINT-PÉTERSBOURG
Et il arrive un triste jour où le génie s'évade.
La concordance du destin et du hasard s'envole.
Tout disparaît.
Seule la folie subsiste.


Le succès s'enchaîne avec le temps qui tombe dans l'immense sablier. Les grains chutent dans le vaste désert et forme une colline qui me hisse toujours plus haut au-dessus des autres. Dès la naissance du jeune Alexis, je fus amené à être l'une des personnalités les plus connues du monde russe. Une influence qui marquait les décisions politiques, économiques et sociales du pays, un avis qui ordonnait, qui imposait, une figure capable de soulever le peuple et les aristocrates. J'étais devenu celui que j'avais voulu devenir, cet homme de pouvoir, ancré dans une richesse acquise et non innée. Loin de mes origines, loin du temps de la misère et de la paysannerie. Je n'oubliais pas mes pairs et j'octroyais le droit aux fermiers d'être propriétaire. Pour le bien de tous, on m'avait érigé comme un spirituel capable de tout, du pire comme du meilleur. Personne ne pouvait désormais prétendre m'arrêter. Alors à l'abri, c'est la déchéance de la folie qui foudroie mes désirs malsains. Amoureux de la débauche extrême, paroxysme de mon excentricité sans tabou, je tombe dans une abysse qui n'abrite rien d'autre que sombre désespoir et noirceur mélancolique. La vie qui se présente à moi n'a rien des durs labeurs que j'ai connu. Je me méprends, et il n'existe aucun apprentissage pour la bienséance et la sainteté d'esprit. Je me noie doucement, devenant de jour en jour un triste fantôme défait qui titube saoul et drogué dans les luxueux couloirs des divers palais. L'opulence règne sur mon âme et la perdition féconde mon esprit. Ma réputation éclate en une poussière fétide, les rumeurs acclament mon état déplorable, l'encensement est négatif et mon piédestal se brise sous le poids de l'infamie. Bafoué je sauvegarde cette fascination qu'ils gardent tous en tête, l'exceptionnel continue de faire son boulot mais c'est sans conscience et sans raison que je perpétue les erreurs des péchés omniprésents.

Mes yeux s'ouvrent et ma gorge s'obstrue dans un vomissement incontrôlé. Mes tripes jaillissent sur le sol plein d'alcool et de sueurs chaleureuses. Je me réveille, encore saoul, déambulant nu dans cette immense pièce que je ne reconnais pas. Je m'extirpe non sans difficultés de la baignoire qui avait accueillit mon sommeil et sors, fraîchement dérouillé par le vice. Ma vue est encore trouble et la fatigue n'en est pas la cause. Mes pas me poussent vers la chambre et j'attrape la vodka qui traîne. Je brûle mon gosier et rince ma bouche pour avoir une nouvelle fois cette sensation de liberté que donne l'ivresse. Je matraque mon corps de ce liquide transparent pour qu'il me fasse oublier tout ce dont je peine à me souvenir. Mes mains balancent la bouteille contre le mur et j'approche dans l'allure fière et robuste de l'homme en rut vers cette douce catin brièvement éveillée par le boucan du verre explosé. Je pose un genou sur le rebord du lit, son sourire se dessine à moi, et j'agrippe avec poigne sa gorge pour la soulever doucement et la rabattre sur le dos. Ses cheveux bruns éclatent sur les draps blancs toujours humides et puants de la veille. Déjà dans nos tenues les plus pures, le dos de mes doigts survolent la peau de son visage. On dirait un ange. Un ange qui aurait vendu son corps au diable pour s'adonner aux plaisirs charnels. Mon dos se courbe pour que je puisse surplomber ses formes précises, mes lèvres s'approchent sans jamais toucher autre chose que les frissonnements du désir qui se hérissent sur elle. Elle est mienne et il n'y a aucun refus possible. Ma main droite attrape son visage et relève sa tête pour que je plonge la mienne dans le creux de son cou, y déposant quelques doux baisers passionnés. Ma langue dessine le contour de ses os, léchant jusqu'à sa clavicule, caressant les longueurs de ses bras dansants. Ma bouche descend jusqu'à sa poitrine que j'embrasse avec la fougue amoureuse et masculine pour les seins. Ma force s'exerce sur ses poignets qui l'emprisonnent à mon désir bestial, l'ardeur s'évade et la frénésie du besoin primitif s'efforce d'être encore tendre. Je viens déposer mes lèvres sur les siennes, mordillant l'inférieure comme si nous séparer était impossible. Nos nez se frottent l'un à l'autre et nos souffles se mélangent après l'étreinte de nos lèvres. Je me pince la bouche pour ne pas succomber à nouveau à la tentation divine de dévorer sa passion. On se regarde, sans un mot je libère mon emprise de ses poignets, et tout est déjà dit avec nos mouvements qui s'accordent doucement sur le joli rythme de l'affection passagère.

Entrelacés, je m'occupe de sa peau alors que ses mains à elle se baladent sur ma musculature. Elle caresse mon dos, mon torse, mes épaules, s'agrippe à mes fesses pour me rapprocher et sentir la chaleur humaine que nous dégageons l'un l'autre. Je m'écroule sur mon flanc gauche, passant un bras dans le creux de son cou pour caresser l'arrière de son crâne et approcher sa tête de la mienne, un regard rapide vers le bas pour diriger la liberté de mon autre main qui vient lentement s'installer entre ses jambes moites. Elle se laisse faire avec gourmandise et ses premiers gémissements m'ordonnent d'accélérer. La robustesse de ma main dirige ses hanches qui se balancent sous la faible pénétration de mes doigts. Nos souffles s'élancent dans un bruyant brouhaha qui s'unit. Une fois qu'elle se sent prête, chaude et humide, c'est à son tour d'empoigner mon membre pour le dresser à son plaisir ardent. Elle sait ce qu'elle fait, elle le fait tous les jours avec des hommes différents. Farouche et surexcitée, elle a fait du vice son métier, et elle me guide alors vers un paradis charnel. Le contact froid de ses mains câlines me fait doucement frissonner, et mon désir monte en laissant jaillir fièrement quelques consignes de vitesse. Elle prend le dessus, me faisant basculer sur le dos, ses lèvres se déposent sur les miennes pour un léger baiser anodin qui termine, morceau de corps par morceau de corps, jusqu'à son emprise professionnelle. Sa salive mouille désormais mon attribut masculin et elle joue de sa langue pour m'envahir d'un bonheur éphémère. Les bruits de gorge résonne doucement et l'alcool fait qu'aucune inhibition ne nous retient. Mes mains se posent sur les extrémités de son crâne et accompagnent ses mouvements jaugés entre la lenteur d'une langue active et la vitesse de ses lèvres ouvertes.

Bientôt, elle, comme moi, n'en pouvions plus d'attendre. L'intense ardeur de nos désirs partagés se laisse submerger par l'envie pressante de consumer cet acte libidineux tant attendu. L'apogée de notre patience explose dans un plaisir abusivement agréable. Les sensations s'envolent dans des frôlements et des légers cris satisfaits. La jeune femme me chevauche et s'insère à moi en retenant difficilement les prémisses de son excitation. J'attrape son corps entier pour commencer les mouvements qui descendent et remontent. La bestialité de l'animal sauvage prend le dessus sur la tendresse de l'affection armée aux préliminaires. Ce n'est pas la lente montée du désir, non, désormais c'est la consommation avide et gourmande du plaisir de chair. Les positions changent, l'autorité est naturelle et tout se suit dans une sorte de danse méticuleuse qui s'improvise sur l'instant présent. Plus rien ne compte, il n'y a que l'orgasme qui peut nous arrêter. La partage est instinctif tout le désir flamboyant de nos corps mêlés. L'acte se poursuit jusqu'à sa fin, jusqu'au moment où nous arrivons à l'incroyable symbiose qui nous ordonne physiquement de nous arrêter. On ne s'en lasse pas, on aimerait perdurer pour l'éternité si nous le pouvions. Mais c'est le retour à une réalité frappante, on s'éteint lentement, on perd cet engouement et la fatigue nous use. Le souffle se coupe et le merveilleux moment se brise. Dos contre un mur, assis sur le lit, elle bascule d'avant en arrière, la tête tombante et les hurlements résonnant. Ses ongles se plantent dans ma peau et la jouissance s'entend sur un tremblement impossible à retenir. Elle s'échappe de mon corps et on s'essouffle côte à côte dans notre sueur et nos liquides corporaux dégoulinant. Réduit à la sauvagerie pour être heureux, je me lève et parcoure la pièce en m'étirant.


Après l'euphorie, il existe un bonheur incommensurable que personne ne peut retenir.
Nerveusement, on se laisse abattre par les premières pensées qui nous submergent.
Comme si notre esprit déclenchait ce qui lui restait d'excitation.
La folie est excitante.


Je me baisse pour ramasser le tesson de bouteille qui jonche sur le sol. J'arrache les bouts tremblants et pendants, attachés entre eux avec l'autocollant déchiré. Je regarde ce bout de verre explosé et je me coupe légèrement. Une perle de sang se montre sur le flanc d'un de mes doigts et la réalité frappe cette illusion qui accapare depuis longtemps le brouillard de mon esprit. J'avais finis par me laisser avoir de toute cette adoration que mes dons m'apportaient. Comme si une quelconque divinité m'avait choisi comme élu, comme représentant. Mais soudain, la vision de ce sang ma ramenait à une réalité négligée. D'abord un sourire, puis un rire étrange. Je me tourne vers la jeune catin qui me regarde avec la surprise et la crainte inspirée de ma posture et de mon regard fou. Je ne sais pas si elle le comprend, mais c'est terminé. Je me jette sur elle tandis qu'elle tente, vainement, de s'échapper. Elle chute du lit et je peux facilement rattraper ses hanches pour l'élever et la ramener vers moi. Elle crie à nouveau mais cela n'a aucune importance désormais. J'ai succombé, il n'y pas d'échappatoire, pas de logique, aucune raison, ce n'est qu'une douce et pure folie qui s'abat sur le hasardeux destin de nos existences. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Aucune apologie se forme, ce n'est qu'un fait qui s'impose à aucune autre volonté que le bon vouloir de mon esprit.

Elle se débat et ma colère est noire et sans appel. J'attrape sa longue chevelure noire pour la tirer vers moi. La jeune demoiselle en détresse s'abat sur le lit, la tête coincée entre mes genoux qui la garde en position. Ses jambes virevoltent et ses bras aussi mais le coup est déjà parti et le verre se plante nerveusement laissant un trou béant dans sa gorge qui laisse jaillir salement une effusion désordonnée de son sang. Je continue, encore et encore, et je plante sur la totalité de son corps la bouteille cassée qui abîme et détruit lamentablement son corps de rêve. Essoufflé, je m'arrête, jetant la bouteille et relâchant l'étreinte forcée du cadavre inerte.


« J'ai saigné, c'était à ton tour. »

Je ris enfin avant d'entourer mon corps trempé de ma longue chemise noire. Le sang recouvre mes mains et colle à ma peau. Je sors de la chambre, les gardes surveillent l'entrée, je l'accuse d'avoir tenté de me tuer et mon statut me permet de passer librement les portes sans aucune question à mon égard. Aucun doute n'est possible lorsqu'on est un envoyé de Dieu. Ce n'est pas la première, ni même la dernière, ce n'est qu'une victime de plus des affres d'une folie qui n'a aucune notion d'humanité.

Ceci marque le début de ma déchéance.
Les rumeurs suivent les bruits de porte, les ennemis s'arment d'espièglerie.
Une découverte au détour d'un regard.
Anastasia.






Dernière édition par G. Milovan Raspoutine le Sam 19 Sep - 15:14, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:20

Histoire
Chapitre Trois.


La résurrection
SAINT-PÉTERSBOURG
Le miroir reflète mon image alors que je tourne sur moi-même, content de cette apparence qui caractérise une certaine bonne humeur. Je regarde chaque angle avec le sens du détail qu'ils méritent, observant cette longue chemise blanche que je porte. Aujourd'hui est un grand jour, une messe où toute la famille royale est présente au milieu du peuple. Je suis hâtif, comme un enfant qui attend impatiemment quelque chose d'excitant, quelque chose qu'il convoiterait. Un peu de nouveauté, une assemblée prête à être éblouie par quelques miracles dont j'avais le secret. Ce n'était pas une période facile pour être moi, non, vraiment pas. Les rumeurs sur ma vie de débauche s'amplifiaient un peu plus chaque jour. Mon nom était calomnié dans le vice et l'absurde, retraçant les périples scandaleux de mon existence qui laissait pantois les plus naïfs de ce bas monde. La presse s'activait à peindre des fresques gigantesques de mes déboires comme si j'étais devenu l'icône même du péché. On bafouait mon être pour désacraliser les exceptionnels dons que j'osais encore montrer. Régnait alors jalousie, incompréhension et angoisse dans leurs regards haineux qui déshabillaient mon âme. Mes adorateurs, qui se faisaient de moins en moins nombreux, restaient dans l'ombre, suivant un rythme de vie tout aussi déplorable que le mien. Très vite, je passais de l'ange, envoyé par Dieu, au démon, éjecté des enfers. Dès lors, une sortie dans un lieu saint, peuplé par une populace déjà perdue dans des croyances idiotes, tout s'annonçait pour un deuxième tour flamboyant.

« Que penses-tu de cette chemise mon cher Bartok ? »

« C'est la même que celle d'hier, et d'avant-hier. Et encore avant ça. »


« Tu n'es qu'un sombre aigri. Je te hais, Bartok, de tout mon cœur, je te hais. »

Le jeune homme soupire à nouveau alors que je continue de me mouvoir devant ce miroir, le sourire aux lèvres. Bartok est mon assistant, un jeune idiot que j'aime rabaisser et insulter, il apaise mes colères et son manque d'aplomb sied à merveille à mon caractère lunatique. Les préparatifs se terminent et notre carrosse arrive pour nous amener à la grande église de la capitale.

Les cloches retentissent dans toute la ville.
La foule s'amasse aux devants des portes.
Tous attendent.


Je descends les marches aux côtés de la famille impériale. Je suis à côté de la jeune et sulfureuse Anastasia lorsque les mendiants se jettent, mains en creux, pour l'aumône. Il y a de la compassion dans son regard, une sorte de bonté qui accepterait n'importe qui et n'importe quoi pourvu qu'un sourire s'affiche sur le cœur de quelqu'un. De toutes les jeunes filles du tsar, elle est probablement la plus belle, la plus brillante, la plus appréciée. Je détourne alors le regard sur elle, ses yeux clairs, ses cheveux roux, sa beauté resplendissante et soudain, ma douleur force un souffle retenu par chaque regard choqué.

« Crève, démon ! »

Ma tête se tourne vers l'avant, mon mouvement semble désarticulé et lent. Elle se penche doucement pour comprendre le résultat de ce transpercement atroce. Mes yeux s'abaissent sur les mains crasseuses de la mendiante qui tient avec hargne et poigne une longue épée. Doucement et paisiblement mon regard suit cette lame qui se coupe contre mon corps. Sous le choc, un silence se dessine et tout le monde semble me voir mourir sur place. Un point rouge teinte ma belle et longue chemise blanche, je le vois s'intensifier avec les secondes qui découlent et à chaque millimètre gagné, c'est une souffrance de plus qui s'ajoute. D'abord, il y a eu la pointe de l'épée qui vint piquer ma peau puis l'intense douleur lorsque, enfin, elle me transperce. C'est affreusement gênant d'avoir à l'intérieur de soi une lame froide et tranchante qui décapite chaque nerfs, chaque veines, chaque organes qu'elle rencontre sur son passage. Les hallebardes des gardes tombent à l'horizontale et visent l'actrice du crime mais mes mains les bloquent. À nouveau le silence retentit dans l'assemblée alors que je titube sur quelques pas pour ne pas m'écrouler. Je crache un peu de sang qui gonflait à l'intérieur de ma bouche, vomissant ce surplus qui remontait et qui ne savait pas par où sortir. Mon regard se perd dans la noirceur d'une colère monstrueuse. Mon public est présent et je ne dois décevoir personne. La mendiante ne peut pas fuir, je la sens terrifiée, tétanisée par l'aura démoniaque qui englobe mon être. Malgré tout, je ris légèrement, elle me sert mon miracle sur un plateau. Tous peuvent voir mon visage se torturer dans la folie et la douleur. J'agrippe le manche de la lame qui me traverse et je la retire d'un coup sec. D'énormes gouttes de sueurs perlent sur mon front, et je retiens un hurlement en croquant l'intérieur de ma bouche qui ne pourrait être plus ensanglanté.

Je lâche l'épée au sol et c'est l'unique son qui brise ce pesant silence de peur et d'angoisse. Il n'y a eut aucun autre mouvement, tous se perdaient dans l'immobilité de la surprise et l'étonnement de l'épouvante. Je lançais un dernier regard à celle qui venait de tenter à ma vie, puis je reprenais ma route vers le carrosse qui m'attendait. Je dépassais les gardes et elle fut embrochée sans vergogne par quatre hallebarde. Aucune pitié. Je montais, sans un mot, pour m'asseoir à ma place, Bartok m'y rejoignit et le spectacle se terminait dans l'horreur et la fascination. Désormais, tous craindront Raspoutine l'immortel.


« C'est douloureux ? »

« Non, Bartok, une épée dans le ventre, c'est agréable. Je te montre ? »

Sa stupidité se prouvait dans son mutisme et nous pûmes partir pour le Palais. Il fallait faire vite, il fallait que je me soigne, il était trop tôt pour mourir.

L'impossible n'est qu'une question de volonté.
Un sentiment inconnu s'arme à mon inconscience.
Le raisonnable subsiste mais la folie survit.


La tentative d'assassinat avait fait le tour du pays à une vitesse surprenante. La fascination reprenait son rôle et ma grandeur résonnait dans la crainte d'une populace qui comprenait peu à peu qu'il n'existait rien au monde pour stopper ma lancée. Malgré tout, je n'osais plus sortir. Enfermé dans les murs blancs et tristes de ma chambre, je ne mettais plus un pied dehors. Une douleur lancinante persistait tandis que les mois s'écoulaient sur moi. J'appréciais la solitude, me trouvant moi-même comme soutien moral et social assez sympathique. Me lançant dans des conversations qui n'avaient aucun sens, je me perdais dans cette douce folie paranoïaque qui venait compléter un tableau déjà incompréhensible. Au milieu de cette angoisse constante qui s'éprenait avec ferveur de mon esprit affûté, il n'existait qu'un seul et unique réconfort. L'apaisement de mon âme, l'élan passionné de mon cœur, une vague houleuse et chaleureuse d'un bonheur interdit qui me semblait lointain voir improbable : l'amour.

Bartok frappe et rentre dans ma chambre. Sur le qui-vive, je lui lance ma fourchette tandis qu'il se protège tant bien que mal avec ses bras.


« Mais vous êtes fou ? »

« Oui. »

« Vous avez interdit qu'on vous dérange, il n'y a que moi qui puisse venir, pas besoin d'être si craintif. »

« Je suis prudent, nuance. »

« Si quelqu'un vient vous tuer, il ne frapperait pas à la porte. »

« Même s'il est poli ? »

Il soupire et il semble dépité alors qu'il me paraît plutôt évident que les assassins ne sont pas tous des malotrus mal éduqués. Ça arrive à des gens très bien aussi. La porte grince doucement et une tête rousse dépasse l'ouverture.


« Tout va bien ? J'entendais du bruit, je me suis inquiétée. »

« Son Altesse Impériale, la grande-duchesse Anastasia Nikolaïevna de Russie. »


Bartok se plie en deux pour saluer l'entrée de la grande et jeune duchesse. Moi, je cache furtivement mon verre et ma cuillère qui me servaient de protection dans la possibilité qu'un homme armé profiterait de mon échange absurde pour me tuer. Mon assistant nous quitte et la belle Anastasia attrape une chaise pour venir à mon chevet. Je m'interroge sur sa présence et son regard désolé qui s'abat sur mon pauvre état d'infirme.

« On m'a dit que vous alliez mieux, je voulais venir m'en assurer. »

Il était loin le temps où je surveillais cette adolescente turbulente qui ne se lassait jamais d'être en opposition avec la tsarine. Je souriais à son inquiétude, et je m'enfonçais un peu plus dans mes draps. Je détaillais son si doux minois et je ressentais cette étrange torpeur dans le fond de ma poitrine, comme prit d'une bouffée de chaleur, une agréable souffrance qui lancine avec plaisir sur chaque frisson qu'elle provoque. Je la remercie mais je la sens torturée par d'autres choses, dès lors, elle poursuit.

« Depuis ce jour, je fais des cauchemars. Tout ce sang, toute cette peur et vous, debout, stoïque. »

Elle me confie cette angoisse qui l'habite, ce traumatisme affligeant. Elle était princesse, elle n'avait jamais connu les horreurs de la réalité, de la vie, pour elle tout n'était que luxe et désir assouvi.

« Je ne pouvais pas mourir, tu ne m'as pas encore montré ces fameuses photographies. »

Elle sourit, et la discussion démarrait dans une certaine nostalgie. Nous avions toujours eu une relation particulière, un lien qui s'associait dans notre désir d'être différent et surtout d'assumer ce que nous étions. On avait toujours eu ces regards silencieux qui décidaient pour nos inconscients notre proximité. Anastasia était fasciné par le monde et elle avait récemment découvert qu'il était parfois moins fabuleux que dans ses rêves fantasmés. Dès lors, elle revint me voir chaque jour et nous passions des heures entières à discuter. Je m'étonnais à être sincère, lui racontant mes expériences et mes souvenirs les plus fous, lui contant mes histoires comme un vieux barbe le chanterait. Je lui laissais découvrir ce monde à travers mes récits et les lueurs dans ses yeux réconfortaient mes angoisses les plus sombres. Le temps fit son travail, les sentiments sortaient, coup de cœur aggravé et interdit. J'ai chuté.

Il existe qu'une seule chute qu'on chérit.
Au détour d'un regard, je suis tombé amoureux.





La fuite
RUSSIE
La révolution est en marche et rien ne peut arrêter les ferveurs des Hommes qui n'ont plus rien à perdre. Le pays est à feu et à sang tandis que la famille impériale est visée par les attentats. Voilà plusieurs mois que je sens cette horrible peur grandir en moi, elle me tyrannise, panique mon âme et obscurcit mon jugement. Le tsar est au front, j'occupe la régence et chacune de mes décisions me placent dans le viseur habile des opposants. La mort me court après, elle est à mes trousses et plus d'une fois je me vois mourir dans les pires souffrances qui soit. Mes cauchemars se mêlent à mes visions, et j'ai l'impression que mes dons me quittent pour offrir à mon esprit toujours plus de folie. Un dessein commun se ligue contre moi, et désormais, ce fameux destin qui m'avait conduit jusqu'à ses années de pouvoir et de richesse s'échappe de cette bonne étoile pour torturer mon avenir. Les soldats sont à nos portes, il faut fuir mais je ne bénéficie plus d'aucun allié. La panique est partout, les gardes sont surpassés et l'unique endroit où je serais en sécurité c'est avec la famille impériale. J'ose alors quitter ma chambre, il n'y a plus de vodka à boire et mon corps n'en supporterait plus une goutte. Depuis ma blessure, je ne fais que boire pour oublier cette crainte qui obnubile mon état. Anastasia est mon seul réconfort, je dois la voir car son visage sera ma rédemption. Je déambule dans les couloirs tandis que la fumée devient de plus en plus opaque. Les incendies laissent planer une chaleur monstrueuse partout dans le palais et on suffoque tous, priant pour ne pas tomber inconscient au beau milieu de ce chaos infernal. Les échappatoires sont peu nombreux et ma course effrénée est hésitante. Je bouscule quiconque sur ma route, je me cogne plus que je n'avance réellement mais l'angoisse et l'instinct survie donné à chaque être humain prend lentement le dessus. Mes idées ne sont pas claires du tout, mais mon objectif est certain. Alors j'atteins enfin ce qui ressemble le plus à ma famille. C'est un soulagement de les voir même si la peur les envahit. Les larmes se mélangent aux cris d'effroi et les gardes sont prêts à mourir pour notre sécurité. Quel triste destin les attend, eux qui ne font que patienter jusqu'au trépas assuré. Les secondes s'éternisent dans le suspens du temps et personne n'ose parler. J'attrape Anastasia qui s'accroche à mon vêtement, l'horreur se lit dans ses jolis yeux qu'elle ferme d'un coup lorsque l'explosion brouille notre panique.

Deux gardes sont partis voir mais ne sont jamais revenus. La crainte est omniprésente, et la fumée commence à nous étouffer. Un bolchévik pénètre dans la pièce et son regard assoiffé de vengeance qu'il juge juste nous foudroie sur place. Il est armé et aucun sourire sur son visage ne semble rassuré nos peurs. Il faut agir. Mon pied s'élance dans son estomac pour qu'il se cambre. Il retient un cri étouffé dans le tissu qui le protège de la suffocation. J'attrape le sabre qu'il garde à la ceinture pour transpercer sa nuque dans un flot de sang qui se vomit sur le sol. Il n'y a plus de temps à perdre, j'attrape la main de la grande duchesse et je cours, l'entraînant avec moi. Rien ne passe par mon esprit, elle est ma sécurité et celle pour qui je pourrais faire n'importe quoi. Je fuis ce palais impérial qui tombe en ruine. La noblesse déchue, je kidnappe ma porte de sortie en laissant les autres membres de la famille à la merci des résistants. Un sacrifice nécessaire qui ne pèsera jamais sur ma conscience. Il ne subsiste dans mes actes qu'une seule rengaine qui se répète inlassablement : la survie. Je ne pense plus à rien, j'entraîne la belle Anastasia dans ma fuite et même si ses larmes perlent dans le vent de notre course, je peux sentir la haine monter en elle. Elle qui aurait voulu mourir avec les siens, elle qui aurait voulu être cette héroïne, elle qui préférait périr plutôt que de survivre seule. Malgré tout, nous fuyons, en dépit de tout autre chose avant de finir dans le courant de la Nevka.


La dynastie s'éteint avec l'embrasement du peuple.
Une survivante captive du sombre démon accusé de tous les torts.
Je suis fautif.
Fautif d'être.


C'est ainsi que le triste destin m'obligea à retenir en captivité la jeune et belle Anastasia. Elle qui résistait à la fuite, elle qui, armée de courage et de stupidité, souhaitait revenir sur nos pas. Idiote effervescence juvénile qui pense que la diplomatie arrêtera les Hommes désespérés. Il n'y avait que destruction dans leurs actes, après des décennies d'injustice, ils réclamaient l'honneur par le sang. Je tirais la grande duchesse de l'eau alors qu'elle frappait de sa pauvre force sur mon torse.

« Tu n'es qu'un lâche ! »

Elle continuait de m'accabler de tous les noms et tentait de revenir vers le palais. Je l'assommais d'un coup sec derrière la tête avant de la tirer par les pieds pour l'attacher au fond d'une carriole que je volais sans vergogne. Je ne connaissais qu'un seul autre endroit, la Sibérie semblait être le plus loin et le plus sûr. La route fut longue, parsemée des houleuses colères de ma prisonnière ainsi que de ses innombrables dépressions.


« Moi aussi mes parents sont morts, et j'en ai pas fais tout un plat. »

L'agacement et l'absurde pour remplacer la crainte et l'angoisse. Une fuite qui ne s'arrêtait pas, le pays entier se liguait contre toute marque de richesse. Les nobles étaient décimés et déchus, la Russie incendiée dans une colère mortuaire. Les cloches funéraires retentissaient et le peuple hissaient les têtes coupées comme trophées barbares de leur triomphe sur l'injustice. Il fallait faire profil bas, le temps nous manquait, la première cabane abandonnée dans les bois suffit. Installés en pleine forêt, isolés de tout, dans le froid atroce et affreux du retour des premières neiges, j'attachais au lit la demoiselle pour enfin souffler un peu.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait ? »

Son regard s'étonne et elle me fixe abasourdie. Je maintiens le contact visuel, forçant même le regard pour qu'elle me réponde.

« Tu veux dire que là, tu n'as pas d'autre plan que de rester là ? »

« Il faut que je trouve autre chose ? Genre un truc à manger ? Je sais pas si je me sens à sortir avec toute cette neige, c'est dangereux. »


Les yeux s'écarquillent de surprise mais je ne comprends toujours pas. Elle soupire et se laisse abattre à nouveau par la tristesse. Je suis peiné de regarder son éclat s'éteindre, je m'assois à côté d'elle mais elle détourne la tête pour éviter mon regard. Je pose mon bras contre mon genou relevé et je soupire à mon tour.

« On reprendra la route demain, jusque-là, reposes-toi. »

Elle se recroquevilla sur elle pour étouffer ses pleurs et je restais là, silencieux et immobile, n'ayant aucune idée de quoi faire ni dire. Aussi perdu qu'elle dans toute cette situation, je savais pertinemment que nos chances de survie étaient minces mais j'étais tout aussi certain de n'avait aucune habilité pour changer quoique ce soit à tout ça. Je n'avais aucun plan, j'avais jamais aucun plan, je faisais juste des trucs sur le moment en espérant que le fait d'oser quelque chose soit assez surprenant pour que tout le monde puisse en être fasciné. Il était rare que je dise des choses réellement censées. Je me perdais dans la triste mélancolie et je m'endormais, attendant demain pour reprendre la route.

La caverne de la Baba Yaga était vide. Elle n'était plus là depuis longtemps et toutes ces affaires semblaient être restées sur place. On s'installait là, je bloquais l'entrée par divers pièges et Anastasia était attachée de manière qu'elle puisse marcher librement mais jamais plus loin qu'une vingtaine de mètres. Les années qui suivirent furent mêlés de tout et n'importe quoi, c'était une vie étrange qu'on menait, comme un couple qui se détestait mais qui ne pouvait se passer l'un de l'autre. Des centaines de fois elle aurait pu fuir face à mon manque de sérieux et de concentration sur sa captivité. Bien souvent, on aurait pu croire que c'était moi qui était son captif. Une fois la rancœur dépassée, elle veillait sur moi et je veillais sur elle. On avait ce passé en commun, ces souvenirs, cette histoire écrite déjà, on ne pouvait supprimer ce qu'on avait vécu alors on avait naturellement décidé de se taire. De faire comme si tout ça était normal, comme si nous existions que l'un pour l'autre. Dehors, c'était la même folie, on me recherchait pour le kidnapping de la grande-duchesse et le pays semblait sombrer doucement. Tout ça était loin de nous, on avait notre foyer qui jouissait de son quotidien, une autarcie qui fonctionnait d'une manière assez bancale mais qui fonctionnait quand même. J'aurais pu vivre comme ça toute une éternité, attendant qu'elle succombe à mon amour qui ne faisait que grandir, attendant d'être heureux et d'oublier vraiment toutes les horreurs d'antan. Mais ce temps n'arriva pas et avec nos entités physiques disparaissaient mes derniers espoirs, mes derniers moments de lucidité.

Une opaque fumée pénétrait tous les recoins de la cachette.
Un moment de panique suspendu dans l'air du temps.
On disparaît.
Suis-je maudit ?





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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:20

Histoire
Chapitre Quatre


Le recommencement
RUSSIE - STORYBROOKE
L'enfance miséreuse d'un pauvre gamin qui grandit au centre d'un foyer qui dépasse l'entendement du manque. Le manque d'amour, d'argent, d'affection, le manque de tout. Cette absence totale d'émotion qui traverse les pièces froides et glauques de ce que j'appelle maladivement mon « chez moi ». Je suis né un jour d'hiver, dans les vents glacials et les lumières éclatantes des fêtes. J'ai eu un grand frère, un jour, mais je n'ai en mémoire que son triste récit. Il a fugué, une nuit, mais il n'a ni disparu et n'est ni revenu. Il est mort, simplement, emporté par le froid et la solitude, stupide jusque dans sa rébellion. Depuis ce triste jour, mes parents n'ont réellement décroché mot, éperdument accablés par l'effroyable perte du fruit de leur amour tout aussi éteint. C'est l'histoire typique, celle d'un homme issu d'une famille modeste qui rencontre une femme tellement hâtive de connaître l'amour de sa vie qu'elle finit par succomber à chaque parcelle de gentillesse qui se présente à elle. Mon père n'était pas un mauvais bougre, ses allures robustes et sa bonté de naissance ont réussi à capturer le cœur de ma mère. Elle, elle était de ces personnes qui rêvaient un peu trop et qui surjouaient le luxe en pensant que ça suffirait. De ces personnes qui prônaient l'apparence, de ces personnes qui ont été faussé par l'arrivée massive des belles années.  Très vite, ils se sont aimés parce que cela semblait naturel et surtout, ça avait l'air de faire plaisir à tout le monde. Ils furent souriants les premières années de leur vie commune, puis ils ont commencé à s'en lasser, à vouloir plus, à se haïr. Et comme tous les couples qui perdent pied face à leurs erreurs, ils ont refusé de se séparer, voulant pousser la passion plus loin qu'elle ne pouvait réellement aller. Ils ont fait un enfant comme si ça allait arranger tous leurs problèmes et leurs espoirs se rallumèrent à la naissance de mon frère. Au début, c'était merveilleux, difficile, mais magnifique. Ils ont eut l'air de s'aimer à nouveau et ça a duré une petite dizaine d'années, assez longtemps pour m'avoir moi par surprise. La déchéance se suit, l'aîné ne répond pas aux attentes et le cadet est tellement capricieux qu'ils ne dorment plus la nuit. Ils remettent tous leurs soucis sur le dos de leurs gamins et lui commence à sombrer dans le silence mortuaire d'un homme détruit. Ils se partagent la bouteille et tout devient prétexte à l'alcool. Boire pour oublier, boire pour s'aimer, boire pour ne pas hurler, boire pour vivre, boire et espérer mourir.

Mon frère fugue alors que je ne suis qu'un môme sans mémoire à long terme. Il part car il étouffe et il termine broyé par les tempêtes de neige russe. Aucune pitié par la nature et nos destins semblent se lier. Depuis ce jour, j'ai toujours eu horreur de la neige, je construisais ma vie et mes sorties pour ne jamais devoir l'affronter. Une paranoïa latente se déclenchait et je grandissais dans ce vide affectif qui n'avait rien pour m'aider. Pauvre, des parents alcooliques, la mort d'un frère, et la descente aux enfers n'est qu'à son échauffement. Cinq années passèrent et on retrouva ma mère pendue dans le salon, sans un mot, sans une lettre, simplement elle, son visage pâle, les vaisseaux sanguins ayant explosés et l'odeur de putréfaction qui envahira le salon des mois entiers. Je me retrouvais seul avec le paternel, celui qui n'arrivait pas exprimer un quelconque sentiment. Fermier de père en fils, il attendait de moi la même chose que son père à lui attendait de son petiot. Reprendre l'affaire familiale, garder notre nom sur les terres qu'ils avaient fièrement gagnées. Moi, j'en avais rien à faire de tout ça, mon nom n'avait qu'une signification malsaine et appauvrie de souvenirs désolants. Je vivais dans cette bulle que je m'étais construite, ce monde rien qu'à moi qui me prenait tout mon temps. Des amis imaginaires aux récits héroïques, des hallucinations aux moments explosifs de mes frasques juvéniles. Haine, colère, tristesse, passion, tout s'assemblait dans un excès monstrueux et la violence ne fit que commencer.

Les coups s'abattaient sur moi comme la pluie s'écoule sur le sol. On voulait m'obliger, toute ma vie n'est que le récit d'autres personnes souhaitant que je fasse telle ou telle chose. On me poussait là où personne ne voulait aller comme s'il existait une place qui était signée de mon nom. Une place qui m'attendait. Je me défendais comme je pouvais, et c'est sans soutien, lors d'un soir où les orages n'osaient jaillir des nuages tellement les hurlements de mon père faisaient trembler les murs que je le fis chuter bien malgré moi. Saoul comme jamais, en colère comme toujours, il lançait la bouteille, je poussais la table, il trébuche et son crâne s'échoue sur le carrelage. Le sang s'étend lentement devant mes yeux d'enfant ébahit. Entre l'horreur et le soulagement, il décède à l'hôpital et mon sort est jeté dans les mains du gouvernement. Je finis par être placé dans diverses familles, je poursuis ma route, mes études, mes amours et mes emmerdes et je fuis ce pays enneigé. Direction les États-Unis, la terre promise, le rêve américain, celui qui ose prétendre que chaque Homme a le droit à créer sa propre richesse.

Le cauchemar américain. Les études ne suffisent plus, je finis par enchaîner petits boulots sur petits boulots, la drogue remplace chacune de mes habitudes saines, je termine ma course dans le grand circuit de la préparation. Mes connaissances en chimie m'aident, je rejoins une espèce de gang formé par d'autres russes qui, naïvement, ont cru, comme moi, à une richesse possible. La vie me rattrape, la réalité me frappe, mon quotidien ne change pas et je me noie dans le péché. Malgré tout, je me laisse submerger par toutes ces expériences de vie qui s'offrent à moi. Sexe, débauche, violence, crime et excès de folie s'engagent à ma routine et chaque instant est fait d'un sourire nostalgique. L'avantage d'être malheureux c'est qu'un seul et unique moment de bonheur reste gravé pour l'éternité. Mais le destin s'arme à nouveau sur les chemins houleux de la pente du crime, je me retrouve à fuir à nouveau, sans m'arrêter, à me sortir de cette vie qui s'enlise lamentablement dans une richesse sombre et malsaine. Je pars sans me retourner, un sac plein d'argent, des produits pour m'installer ailleurs dans une nouvelle affaire et ma voiture. C'est la loi de la survie, on ne peut tromper rien ni personne, la mort nous attend à chaque coin de rue, l'angoisse est constante, la vie n'est visible que dans un horizon dont les gens comme moi ne sont pas prévu sur la liste d'embarcation. Je suis au pied des arbres et j'escalade sur des branches usées qui ne retiennent pas le poids de la misère qui pèse sur mes épaules. Mais la vie est tombée sur plus robuste qu'elle, je m'accroche, je survis et rien ni personne arrêtera mon ascension.

Je débarque dans une ville paisible, Storybrooke. Un coin agréable avec des gens qui semblent tous plus ou moins perdus. Je finis de grandir sur place, je cuisine mes drogues, je laisse l'affaire tourner et je rencontre une magnifique rousse qui partage mon nouveau chez moi. Absente de mes combines, elle cache des secrets bien plus lourds que les miens, et tout fonctionne parfaitement. La vie semblait me donner une chance, une routine soutenable se formait autour de ma destinée. Loin d'un passé omniprésent, nouveau dans une ville calme et paisible. L'avenir est à mes pieds.


Et encore une fois c'est une épaisse fumée qui s'éprend de mon corps.
Terminé la débauche familière d'un gamin de la rue.
On récupère la poésie de la noblesse et les souvenirs tout aussi néfastes.
Et survient la survie du nom Raspoutine.


Les souvenirs matraquent mon existence, deux vies se mélangent et pourtant une seule subsiste réellement. Mes yeux ne reconnaissent pas ma Russie d'antan, l'angoisse et la paranoïa remonte à la surface. Quelque chose cloche, la peur s'arme à mon âme et je cours, laissant tout ce que j'ai dans mes mains chuter au sol. Mes pas sont rapides et mon souffle se coupe face à mon endurance. J'arrive chez moi, j'ouvre la porte dans une précipitation monstrueuse, mon regard affolé cherche partout, dans les meubles, les tiroirs, les toilettes, partout je cherche Anastasia et même ce qui est improbable est acceptable. Je monte les marches pour la retrouver stupéfaite les yeux écarquillés. Elle pleure, ayant vécu à nouveau un traumatisme dont elle se serait bien passé. Moi je suis prêt, j'attrape sa lampe de chevet et je lui écrase sur le sommet du crâne pour l'assommer. Il ne faut pas perdre de temps, je la porte pour la descendre dans la cave, là où réside mon atelier de cuisinier, je l'attache contre un pilier et je peux enfin souffler. J'ai échappé à la catastrophe, une perpétuelle rengaine fredonne lentement, je resterais caché pour le moment, perdu dans cette cave avec la belle Anastasia, on reprendra notre vie là où nous l'avons laissé. Il ne me manquait que peu de temps avant le syndrome de Stockholm, il faut maintenant tout recommencer. Heureusement, j'ai des chips et du coca pour attendre.

Les mois s'écoulent, la vie s'active, ça parle de retour et de malédiction.
Je ne m'implique pas, je ne comprends pas vraiment.
La raison m'échappe, et ma vie est un bordel sans nom.






Dernière édition par G. Milovan Raspoutine le Sam 19 Sep - 15:24, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:29

Le pâtééééééé ! Love Love
Je vais me régaler Owiiiii Drague
BIENVENUE SUR NKL, BON COURAGE POUR TA FICHE Nik Nik
Plein de niknik sur ta fesse droite ! Hehe Muehehehe

_________________

Don't be beggin' for your life cause that's a lost cause. High stakes, body armor, suicide boy. There's a time for games and there's a time to kill. Make up your mind baby, cause the time is here. ©️ caius
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 0:33

Merci ♥ !

Je ferais mon mieux pour qu'elle soit la meilleure de mes fiches !
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 3:46

Bienvenue ici :)

Bon courage pour ta fiche !! Hâte de te lire Heart
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 4:08

Merci ♥ ! Hâte d'avoir des retours quand ça sera écrit et posté :) !
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 7:51

Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime ! Et oui aussi un peu le perso et beaucoup le feat. Je t’ai dis que je t’aime Please What a Face

Trop contente que tu sois arrivé parmi nous et que tu aies trouvé le droit chemin. Plein de courage !

_________________
Je n’ai eu que mensonges et enclaves. J’aurais du être une princesse et désormais c’est ainsi qu’on me traitera. Trop blessée, il est parfois difficile d’être sincère avec ses propres sentiments, même face à son enfant. ▵ ©️endlesslove.
“ i love you mom. ” ▵
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 9:16

Mon Zadouuuuuuu Nik Nik Nik Nik Nik Nik
Tellement contente que tu sois ici ♥️ J'ai hate de voir ce que tu vas faire de ce perso !
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   Mar 15 Sep - 10:59

ZAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAD ♥️

Bienvenue sur NKL et bon courage pour ta fiche Potté Si tu as besoin de nous tu sais où nous trouver Hook
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MessageSujet: Re: Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]   

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Grigori Milovan Raspoutine ♦ "La vie est passée avant qu'on ait pu vivre. " - Victor Hugo. [Fiche déconseillée aux âmes sensibles.]
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